dimanche 19 juin 2011

LA CHASSE SANGLANTE (Open Season, Peter COLLINSON, 1974)




Peter COLLINSON avait 31 ans lorsqu'il réalisa son premier film, le controversé (à l'époque de sa sortie) puis trop vite oublié The Penthouse (La Nuit des alligators, en France). L'intrigue ? Pour s'offrir quelques cinq à sept peinards avec sa maîtresse, un agent immobilier la loge illégalement dans un appartement situé au sommet d'une tour déserte. Un beau matin, deux cinglés s'introduisent dans leur nid d'amour, et passent la journée à terroriser et humilier le couple. Le film annonce clairement le(s) Funny Games de Michael HANEKE, et anticipe l'atmosphère poisseuse ainsi qu'une part de la thématique des Chiens de paille -- la réflexion sur l'autodéfense en moins.


44 ans après sa réalisation, The Penthouse reste une œuvre dérangeante, aussi passionnante qu'équivoque (La Caverne des Introuvables a eu la bonne idée de le proposer il y a quelques semaines en hadopisation, ici). Le propos de COLLINSON, bien dans l'air de son temps (et du nôtre), est en gros que la délinquance résulte de l'indifférence des classes possédantes envers ceux qu'elle a elle-même marginalisés. Une théorie qui, pour être défendable dans certains cas, demande quelques ajustements pour ne pas sombrer dans la démagogie. Dans le cas de The Penthouse, elle est assez peu applicable, dans la mesure où les marginaux en question reprennent très consciemment l'argument à des fins manipulatrices, à travers une mise en scène perverse particulièrement élaborée. On peut penser que COLLINSON n'était pas plus dupe du bien-fondé de sa démonstration socialisante que ne le sont ses opposants. Il rejoint en cela Peter WALKER, autre grande figure de la nouvelle vague horrifique anglaise des seventies, louvoyant entre conservatisme et subversion.



Un aspect beaucoup plus satisfaisant de The Penthouse -- qui échappa et continue d'échapper à ses commentateurs -- est le féminisme de son propos, lui aussi très estampillé "late sixties", mais singulièrement vigoureux et cohérent.
Désireux d'enfoncer le clou, le réalisateur signa sept ans plus tard un quasi-remake de son premier film avec La Chasse sanglante, qui, lui, passa rigoureusement inaperçu, sauf de la censure qui le bannit des écrans (il sortit en vidéo en France dans les années 80, au sein de la fameuse collection de René CHÂTEAU, "Les Films que vous ne verrez jamais à la télévision" -- d'où est issue la copie que je vous propose aujourd'hui en hadopisation.)


Le cadre de l'action marque la principale différence entre les deux œuvres : tandis que la première est un huis clos étouffant, fidèle à l'origine théâtrale du scénario, la seconde se déroule dans une nature luxuriante et irradiée de soleil, où se respirent de lointains effluves de Délivrance. L'histoire : trois pervers huppés kidnappent et séquestrent dans leur chalet de chasse un homme adultère et sa maîtresse, pour les terroriser et les humilier. La demoiselle, enivrée de force pour céder aux sollicitations de ses tourmenteurs (comme dans The Penthouse), finit, là aussi, par prendre conscience de la misère affective et sociale dans laquelle elle croupit, et qu'entretient hypocritement son amant. S'ensuit une chasse à l'homme "à la Zaroff" où le couple fait office de gibier.




Une fois de plus, COLLINSON s'abandonne à un bonheur de filmer pas très éloigné de celui que prennent ses chasseurs à traquer leurs proies, et tend à perdre de vue son propos initial, hésitant entre la morale délicieusement réac du survival pur jus, et le pamphlet féministe contourné mais rageur. Ce sont cette énergie et cette ambiguïté qui font toute la valeur du film, peut-être le plus radical et le plus jouissif de son auteur.
A l'heure où un cinéaste relativement anodin comme Michael REEVES fait l'objet d'une redécouverte enflammée et quelque peu excessive (son meilleur film, Le Grand inquisiteur, est largement surestimé et ne possède ni l'intelligence historique ni la beauté plastique du film "concurrent" sur l'inquisition, La Marque du Diable), il serait bon de se pencher sur le cas de cet autre wonder boy anglais qu'est COLLINSON, dont la filmographie d'une extrême cohérence est infiniment plus stimulante que celle de REEVES (Fright, Straight on Till Morning et La Nuit de la peur méritent une sérieuse révision), et dont la vie ne fut pas moins agitée.
Un mot sur le casting de cette Chasse sanglante : un vrai rêve de "bissophiles" ! Peter FONDA, John Phillip LAW et l'immense Richard LYNCH (l'un des "méchants" les plus fascinants des années 70/80) forment le trio d'abjects yuppies malmemant l'excellent Alberto De MENDOZA (le moine Pujardov de Terreur dans le Shangaï-Express, le roi d'Espagne de La Folie des grandeurs) et la trop rare Cornelia SHARPE. Ajoutons que William HOLDEN fait une apparition brève mais fondamentale.


Peter FONDA


John Phillip LAW


Richard LYNCH


Alberto De MENDOZA


Cornelia SHARPE


William HOLDEN






Hadopiser en VHSRip et V.F. (nouveaux liens) :
1 - 2 - 3

Gay subtext ?...



Cours, lapin, cours !...




jeudi 16 juin 2011

LE SERGENT (The Sergeant, John FLYNN, 1968)





A la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, le sergent Rod STEIGER est affecté au commandement d'une garnison américaine qui se languit en France, dans le débraillé et l'ennui le plus total. Très à cheval sur la discipline et volontiers tyrannique, il entreprend de faire redresser la barre à ses troupes. Mais c'est la sienne, de barre, qui ne tarde pas à s'élever lorsqu'il rencontre le Première Classe John Phillip LAW, dont la beauté et l'intelligence le plongent dans un émoi fort dommageable à sa réputation et à sa mission. Autre problème, l'élu de son cœur flirte avec Ludmilla MIKAEL, une brave fille qui réside dans le village voisin. STEIGER tente maladroitement de gagner l'amitié du soldat, et plus si affinités. Celles-ci ne se dessinant point, il sème la discorde dans le couple et fait de l'objet de sa flamme sa bête noire, pour le punir de sa tiédeur.




Le Sergent fut l'un des premiers films à traiter du sujet de l'homosexualité dans l'armée. De manière intense et douloureuse, John FLYNN brosse le portrait pathétique d'une ganache condamnée à dissimuler sa vraie nature et ses sentiments derrière une façade d'autorité machiste, qui s'effrite lamentablement dès lors que l'amour en infiltre les lézardes.
STEIGER, qui venait de remporter l'Oscar pour le rôle du shérif raciste de Dans la chaleur de la nuit, est absolument prodigieux dans le registre de l'autorité bourrue et de l'émotion trop longtemps contenue pour ne pas engendrer l'implosion. Il offre peut-être là sa prestation la plus habitée, la plus désarmante aussi, rendant quasi palpable la douleur de cet homme impuissant à colmater les fissures de sa carapace, et assistant avec horreur à la désagrégation de ses masques.
Le film fut injustement boudé par le public et la critique, qui conspuèrent ses aspects mélodramatiques (réels, mais parfaitement maîtrisés) ou se détournèrent avec dégoût de cette histoire de pédé galonné. Ce qui aurait logiquement dû assurer à STEIGER un pic de reconnaissance et de popularité, marqua en fait le déclin de sa carrière : durant des années, il fut condamné aux productions hasardeuses ou bancales, et aux seconds rôles dans des films à succès, mais indignes de son talent.





Le réalisateur John FLYNN, dont c'était la première œuvre, dut attendre que cet échec injustifié soit digéré des producteurs pour se refaire un nom avec des films comme Echec à l'organisation, Pacte avec un tueur, et surtout Haute sécurité, lui aussi fortement empreint de préoccupations homophiles (le corps de Stallone y est érotisé d'assez croquignolette façon).




Le Sergent reste inédit en DVD Zone 2 après une sortie très cheap et confidentielle en VHS chez "MPM Production", en 1990. C'est cette copie sombre et ocreuse (comme en attestent les extraits qui suivent), mais quand même très regardable, que je vous propose en hadopisation (VHSRip, V.F.), pour sa rareté et pour la beauté d'un film à réhabiliter d'urgence.

Le repack de QUEST&MOVY (un grand merci à lui !) : 1 - 2

Extrait n°1 :



Extrait n°2 : AVERTISSEMENT ! L'extrait qui suit constitue l'un des apices émotionnels du film. Aussi en déconseillé-je le visionnement à ceux qui souhaitent préserver le plaisir de la découverte...



jeudi 9 juin 2011

ANDRE DHÔTEL (Dominique CAGNARD, Annie CHEVALLAY, Pierre-André BOUTANG, 1990)




S'il est une émission qui manque au Paf, c'est bien Océaniques, diffusée sur FR3 de 1987 à 1992. On pouvait y découvrir quantité de documentaires français ou étrangers, dont le dénominateur commun était une qualité sans faille. Je vous propose aujourd'hui celui que Dominique CAGNARD, Annie CHEVALLAY et Pierre-André BOUTANG consacrèrent à l'écrivain André DHÔTEL (programmé le 19 février 1990). Auteur familier aux écoliers et collégiens des années 70 et 80, qui pouvaient difficilement échapper à l'étude du Pays où l'on n'arrive jamais, devenu de ce fait son roman le plus connu, DHÔTEL (1900-1991) aimait à se qualifier de "promeneux" ; son œuvre (plus de 40 romans, des nouvelles, des contes, des poèmes) est très marquée par son goût buissonnier des promenades de hasard, son rapport intime et passionné à la nature (en particulier celle de ses Ardennes natales), sa simplicité naturelle qui n'exclut pas la profondeur ni la recherche obstinée des signes cachés derrière l'évidence, et une sorte de candeur rouée, parfaitement retranscrite par cet entretien limpide et touchant.


"Dans toute la vie il y a de l'humour pour la bonne raison qu'on ne sait pas trop ce qu'on fait, on ne sait pas trop où l'on va... Le destin de l'humanité, quand on n'y connaît rien, eh bien on attend que ça passe."

"Quand on parle de l'écriture, on oublie toujours le sujet dont on parle."

"On finit par découvrir ce que les primitifs ont trouvé depuis longtemps : tout, dans l'univers, est langage. Les fleurs, par leurs formes, par leurs graines, sont un langage. Tous les objets du monde sont un langage."









VHSRip, hadopiser ici (nouveau lien).



mercredi 8 juin 2011

LYONESSE - Brenda WOOTTON (1982)

J'ai découvert Brenda WOOTTON (1928-1994) au collège, grâce à une prof d'anglais qui nous fit apprendre "Cornwall, The Land I Love". Depuis ce jour, Brenda reste l'une de mes chanteuses préférées dans le registre celtique. Cet album, acheté au Marché aux Puces de Saint-Ouen à la fin des années 80, est particulièrement cher à mon cœur.


Voilà comment Brenda se présentait sur la pochette du disque :
Ils m'appellent "The Cornwall First Lady of Song" (1ère Dame de la Chanson Cornouaillaise), ou "Godmother of the Celts" (Marraine des Celtes). Je suis Barde, du Gorsedd Cornouaillais, mon nom bardique est "Gwylan Gwavas" ce qui signifie "Goéland de Newlyn" ou "Goéland d'Hiver". Mais je préfère le nom de "Damawyn" (grand-mère) que me donnent mes petits-enfants.
Ci-dessous, une vidéo que j'ai réalisée avec quelques peintures de mon père, grand amoureux de la Bretagne, et la superbe voix de Brenda.
Le site de mon père : ici.



Titres :
01. Lyonesse
02. Here, There and Everywhere
03. Doro
04. Port Quin
05. De Sul Vytyn
06. House of the Rising Sun
07. In Love Again
08. Come On In
09. The Room Nobody Lives In
10. September Song / Autumn Leaves
11. Cornwall, the Land I Love
12. Honky Tonk Woman


33 Tours / ici.
Je n'ai pratiqué aucun nettoyage sonore (pas le temps, ni les compétences -- du reste, rien de tel que quelques grésillements et crépitements pour préserver l'ambiance vintage...)

mardi 7 juin 2011

PETIT PIERRE (Emmanuel CLOT, 1979)




La vaste entreprise de numérisation de mes vieilles VHS qui occupe mon temps libre ces jours derniers, me réserve parfois de réjouissantes surprises. Ainsi ai-je retrouvé ce court-métrage dans l'une des cassettes qui me servaient habituellement à saisir au vol telle ou telle émission prise en cours de route. J'avais soin de toujours en laisser une à proximité de mon magnétoscope, ce qui m'a permis de conserver des lambeaux de documentaires, d'interviews, parfois de films ou de séries où apparaissait l'un ou l'autre de mes seconds rôles favoris.
Le cas de ce court-métrage est assez particulier. Je l'ai découvert lorsque j'avais une dizaine d'années (et pas encore de magnétoscope) à l'occasion d'une diffusion télévisée, et il me terrifia ! Sur une musique d'une nostalgie badine et poignante, on y voit un vieil homme d'une rare laideur mettre en branle tout un monde d'automates rouillés et grinçants, fabriqués avec une ferblanterie de décharge publique.
Des années plus tard, le film fut rediffusé dans une émission "touristique", et je sautai sur ma "cassette de secours" pour en conserver la trace. Je compris alors pourquoi ce Petit Pierre m'avait tant effrayée, enfant, lors de sa découverte : la vision de cette immense machinerie délabrée, produisant un boucan d'enfer pour permettre à quelques pantins brimbalants de répéter perpétuellement les mêmes gestes hoquetants et dérisoires, offre une métaphore assez pathétique de la condition humaine... Quant au deus ex machina de cet univers de rebuts, vieillard perclus et demeuré gribouillant sur des pancartes des commandements rédigés dans une orthographe digne de quelque usager de Facebook, n'est-il pas autrement crédible dans son emploi et sa représentation que le Barbu Céleste dont le silence assourdissant, mais, dit-on, bienveillant, plane sur notre fragile destinée ?...


Une rapide recherche sur le net m'a appris que son auteur fut second assistant réalisateur de François TRUFFAUT (pour La Chambre verte et L'Amour en fuite) et de Wim WENDERS (pour L'Ami Américain) -- il tient aussi un petit rôle dans L'Amour en fuite. Il est décédé dans un accident de voiture en 1983, à l'âge de 31 ans. Petit Pierre obtint le César du Court-métrage documentaire en 1979.
Voici une évocation de Pierre AVEZARD, dit Petit Pierre, empruntée au site Cœur de France :
"Pour Pierre AVEZARD, rien ne se perd: boîtes de conserve, morceaux de tôle, piquets de bois, pneus usagés. Tout se transforme une fois découpé, limé, martelé, raboté et assemblé en un manège merveilleux. Il a commencé à construire ce manège en 1937 lorsqu'il était garçon vacher dans une ferme de la commune de Fay aux Loges dans le Loiret. Il consacrait ses moments de loisirs à prospecter les décharges. Il collectait tout ce dont les gens se débarrassent, il lui aura fallu presque 40 ans pour en venir à bout (...) En 1955, il s'aménage une maison en terre. Puis son patron lui ayant concédé un petit terrain et une maisonnette, il y construit une tour Eiffel en bois de vingt-trois mètres de haut. Les carrousels superposés et les sujets animés se multipliant, les visiteurs commencent à accourir. En 1970, animée par un petit moteur électrique, l'œuvre comporte plus d'une centaine de figures de métal découpé et peint, avec un système de télécommandes mécaniques que Petit Pierre, juché dans une cabine, actionne avec malignité : jets d'eau sur des visiteurs trop curieux, bombardements sur des tôles bruyantes."


Le manège de Petit Pierre peut être visité au Musée de la Fabuloserie, à Dicy, en Bourgogne.
Je vous laisse apprécier cet étonnant court-métrage, transféré pour vous sur YouTube...




lundi 6 juin 2011

BIBLIOTHEQUE DE POCHE : D'UN CELINE L'AUTRE... (Yannick BELLON et Michel POLAC, 1969)



Voici un partage qui devrait faire plaisir aux céliniens (dont je suis, jusqu'aux fibres...)
Créée en 1966, l'émission littéraire Bibliothèque de poche fut diffusée mensuellement à partir de 22 heures jusqu'en 1970. L'opus consacré à Céline, devenu un classique de la télévision, fut diffusé en deux parties qui totalisent 106 minutes. On y trouve des extraits de son entretien avec Louis PAUWELS, et les témoignages de nombreux amis et admirateurs de Ferdine, comme le peintre Gen PAUL, le comédien Michel SIMON, les écrivains Dominique ROUX, René BARJAVEL, Jean GUENOT, et l'épouse de Céline, Lucette DESTOUCHES.







Pour hadopiser les deux parties de l'émission (DVDRip), cliquez :
Emission 1 - Emission 2



Gen PAUL


René BARJAVEL


Dominique ROUX


Michel AUDIARD


Lucette DESTOUCHES


"On fréquentait d'la ballérine, quoi... On avait l'sens de l'esthétique..." :