samedi 9 juillet 2011

LE VOISIN (The Neighbor, Rodney GIBBONS, 1993)




La mère de Rod STEIGER (du moins, de son personnage dans le film) mourut lorsqu'il était enfant en donnant naissance à son frère (pas celui de la mère, celui de Rod ; à ma connaissance, aucune femme n'a jamais accouché de son propre frangin). Pour la venger, l'orphelin n'hésite pas à tuer le poupon dans son berceau. Devenu vieillard et obstétricien en pré-retraite (drôle de job pour quelqu'un qui devrait éprouver une solide aversion envers les nourrissons), il fait une fixation sur sa nouvelle voisine, Linda KOZLOWSKI, qui ressemble comme deux gouttes de lait maternel à sa défunte génitrice. Double hic : la dame est mariée et ENCEINTE. Qu'à cela ne tienne ! Le bon docteur entreprend sans hésitation de pourrir la vie du jeune couple, et, dans la foulée, de mettre un terme à celle du fœtus...




Cette production canadienne filmée dans le Vermont est un solide "thriller domestique" dans la lignée du Beau-père ou d'Obsession fatale, qui offre à Rod l'un de ses derniers rôles en tête d'affiche. Il y fait merveille, comme d'hab', mais avec plus de retenue qu'à l'ordinaire. Sa composition sobre et attentive aux nuances n'en est que plus terrifiante, et se classe d'emblée parmi les meilleurs portraits de "méchants" d'une carrière qui en fut prodigue.
Rodney GIBBONS, réalisateur de quatre "Sherlock Holmes" télévisés produits au Canada par Muse Entertainment, signait là son premier film, de facture très classique et un brin télévisuelle, mais doté de moments réellement perturbants (voir l'extrait en fin de post).







Comme vous pouvez le constater sur ces photos, la VHS d'origine souffre de couleurs saturées, que j'ai vainement tenté d'atténuer. Sans doute aurais-je pu y parvenir en travaillant directement sur le fichier DivX, mais cela impliquait d'en produire une nouvelle copie, avec la perte de qualité qui s'ensuit. J'ai donc préféré laisser la chose en l'état, en vous abandonnant le soin d'effectuer les réglages adéquats sur votre écran...




Hadopisable ici (nouveau lien), en VHSRip et V.F.

Extrait -- vivement déconseillé aux parturientes...


lundi 4 juillet 2011

CHAROGNARD (The Meateater, Derek SAVAGE, 1978)




Ayant chroniqué il y a quelques années cette sympathique série Z dans le numéro 22 (et dernier à ce jour) du fanzine Médusa (à quand le prochain, Didier ?), je ne vais pas me casser la nénette et je vous ressers donc mon joli topo d'alors... (2004 ?... c'est si vieux que ça ?...)



La famille Webster achète un cinéma désaffecté dans lequel se terre un vieux projectionniste au visage brûlé, amoureux fou de Jean HARLOW. Manque de bol pour les Webster : leur fille possède une (TRÈS) lointaine ressemblance avec la blonde platine, et deviendra la proie du fan invétéré.


"On va faire comme si que tu serais le sosie de Jean Harlow, poulette..."

Il m'aura fallu des années avant de mettre la main sur la VHS de ce film, dont le boîtier, aperçu derrière la vitrine d'un vidéoclub en faillite, m'avait drôlement fait saliver. Vue de loin, la photo ornant la jaquette de cet énigmatique Charognard pouvait aisément faire songer à quelque remake inavoué de L'Homme au masque de cire, le maquillage du vilain rappelant de façon éhontée celui qu'arborait Vincent PRICE dans le chef-d'œuvre d'André DE TOTH. Aucune mention du réalisateur et des acteurs sur cette jaquette énigmatique, pas la moindre allusion à la nationalité du film -- rien de rien !...
Nul dans mon entourage n'ayant visionné la cassette, je nourrissais l'espoir d'une petite perle bis, voire d'un chef-d'œuvre inconnu.
M'a fallu déchanter...






Il s'agit là d'un petit film semi-amateur, réalisé avec les moyens du bord et les comédiens du quartier. Ceci dit, ce n'est pas un nanar complet. Le scénario, sorte de "Fantôme de l'Opéra" du pauvre, relevé d'une touche putride issue en droite ligne du Métro de la mort, se révèle plutôt attachant. Le décor du vieux cinéma délabré, avec ses vastes salles infestées de rats et de vermine, ses corridors décrépis et ses pièces secrètes, apporte une ambiance de désolation et d'angoisse assez bienvenue. Le comédien campant le projectionniste taré et son frère jumeau s'en tire avec les honneurs (mais pas son doubleur, Dieu du Ciel !...) Il se nomme Arch JOBOULIAN (retenez bien son nom, vous ne le lirez plus jamais nulle part !), et reste le seul élément de la distribution à apporter un semblant de conviction à son travail.






A noter la fixette du réalisateur sur la barbaque : saucisses, hot-dogs, rôtis, sans parler du documentaire animalier projeté au cinéma (le producteur n'ayant sans doute pas les moyens de se payer les extraits d'un "vrai film"), qui traite principalement des différentes façons dont nos amies les bêtes s'entrebouffent. Sans doute fallait-il cela pour justifier un titre incompréhensible -- The Meateater (Le Mangeur de viande) --, que la personnalité du méchant ne justifie guère. En fait de viande, on ne le voit dévorer qu'un rat vivant dans la scène pré-générique. Au final, ce Charognard vaut bien nombre de séries Z ricaines portées aux nues par les bissophiles... mais reste très loin, hélas, de L'Homme au masque de cire...






Petit additif : Depuis la rédaction de ces lignes, j'ai découvert que le réalisateur Derek SAVAGE (pseudonyme du téléaste David BURTON MORRIS), sans doute poussé par les critiques majoritairement favorables des usagers de l'Imdb, y avait laissé son propre commentaire. Il déclare avoir conçu le film dans l'optique d'un ratage intentionnel, en renchérissant sur son potentiel nanaresque. Il dit avoir choisi son pseudonyme parce qu'il lui trouvait des consonances françaises (???), mais ses collaborateurs préféraient l'appeler Derek SAUSAGE (saucisse), eu égard à la quantité de viande étalée à l'écran. Quelques années plus tôt, Richard NATHAN, qui tient le rôle du jeune projectionniste, s'était également fendu de deux lignes sur le même site pour lancer aux internautes un triomphant : "J'ai joué dans ce film !"... Qu'attend Arch JOBOULIAN pour en faire autant ?... (Il est mort ? Vous croyez ?... Et merde !... c'est toujours les meilleurs qui partent...)



Hadopisable ICI, en VHSRip (bonne qualité) et V.F. (calamitastrophique !)

Extrait : "Ce n'est pas l'apparence extérieure qui compte, c'est l'esprit."

samedi 2 juillet 2011

UN SPECIALISTE, PORTRAIT D'UN CRIMINEL MODERNE (The Specialist, Eyal SIVAN, Rony BRAUMAN, 1999)







Un Spécialiste retrace le procès du criminel de guerre Adolf EICHMANN à Jérusalem en 1961, à travers un montage des 350 heures d'images filmées lors de l'événement par le cinéaste américain Leo HURWITZ. Membre du parti Nazi, EICHMANN fut responsable de la logistique de la "solution finale", en particulier de l'organisation des transports liés à la déportation des juifs et des tziganes en camps de concentration.






Le film d'Eyal SIVAN et Rony BRAUMAN fit l'objet d'une vive polémique, en grande partie lancée par le Fonds Spielberg du Film Juif, détenteur des films originaux. Les cinéastes furent accusés d'avoir favorisé, par le truchement du montage, une "victimisation" d'EICHMANN, en mettant l'accent sur sa banalité apparente, sur l'indifférence de ses juges envers ses témoignages, ou sur l'hostilité du procureur, donnant ainsi au spectateur le sentiment que ce procès n'avait d'autre but que de légitimer une exécution programmée.






Il me semble plus objectif de voir en Un Spécialiste -- conformément aux intentions des réalisateurs qui se basèrent sur l'ouvrage d'Hannah ARENDT, "Eichmann à Jérusalem" -- une démonstration de la banalité du mal, ainsi qu'un témoignage sans complaisance sur la relativité de la notion de justice, quels que soient ceux qui entendent l'exercer.
Un film nécessaire, d'un pessimisme radical, mais profondément honnête et clairvoyant.






"La réussite de Brauman et Sivan est de montrer un Adolf Eichmann qui, loin de ressembler aux SS des films de guerre, n'est qu'un pauvre type au maintien rigide et ridicule, une espèce d'employé modèle, borné, obsédé par les problèmes d'horaires. Dont le seul impératif est d'obéir et de bien faire son boulot sans jamais réfléchir aux conséquences. Un imbécile qui refuse obstinément de dépasser sa petite vision étriquée du monde, dénuée de repères moraux, englouti qu'il est dans la soumission bureaucratique."
Edouard WAINTROP dans "Libération"




Hadopiser ici, VHSRip, V.O. sous-titrée.
En bonus : ayant par erreur laissé "courir" la bande, je vous inflige 5 minutes de BALLADUR à la suite du film... Sorry !...



Extrait : La Conférence de Wannsee