Si
Rambo est sans contredit le film le plus connu du canadien
Ted KOTCHEFF, son chef-d'œuvre demeure
Outback, unanimement salué comme l'un des grands classiques du cinéma australien, bien que longtemps difficile d'accès tant dans son pays d'origine que dans le reste du monde. En France, il fut distribué en vidéo sous le titre
Savane en 1983, mais ne connut qu'une diffusion confidentielle et reste largement à redécouvrir.
40 ans après sa réalisation, ce film brutal et désespérant n'a rien perdu de son impact et plonge le spectateur dans un malaise poisseux et éthylique d'une intensité imparable.
Un jeune instituteur (
Gary BOND) en route vers Sydney où il doit passer ses congés, fait escale dans la ville de Bundanyabba, au beau milieu du désert australien. Confronté à une population de ploucs alcooliques et dégénérés, il se laisse entraîner dans une spirale de violence et d'abjection sous l'incitation de Doc Tydon (
Donald PLEASENCE), le médecin local, intellectuel déchu et débraillé, qui entreprend de lui démontrer la précarité des notions de dignité, d'éducation et d'humanité.
Pour ce qui est du nihilisme et de la violence,
Outback se situe au niveau des meilleurs
PECKINPAH et anticipe sur le
Délivrance de
John BOORMAN. Comportements bestiaux, homosexualité larvée, dégénérescence morale, sont au menu d'une œuvre dominée par l'exceptionnelle prestation de Donald PLEASENCE en pathétique mais touchante épave entraînant le "héros" dans sa déchéance. Rarement un film aura-t-il à ce point exsudé la sueur et l'alcool, avec une simplicité de moyens aussi confondante. Pas d'effets de mise en scène ni de complaisance graphique : la réalisation sèche, dépouillée, va droit à l'essentiel et impose un climat putride à la limite du cauchemar, culminant dans l'hallucinante scène de la chasse aux kangourous, qui traumatisa à juste titre nombre de critiques.
Outback peut être vu comme le film de "rednecks" ultime, le sommet de la
hicksploitation (films dépeignant les turpitudes de populations rurales arriérées), à égalité avec
Massacre à la tronçonneuse (la comparaison s'impose dans plusieurs séquences), dont il se différencie néanmoins par son refus du baroquisme et du sensationnalisme. On pense également aux meilleurs westerns italiens (la scène d'ouverture est très léonienne, et l'argument général rappelle parfois le brillant
Dernier face à face), même si toutes ces comparaisons s'avèrent accessoires en regard d'un film aussi profondément original et personnel.
A découvrir de toute urgence.
VHSRip (bonne qualité) et V.F. : ici.
Extrait : Un réveil difficile...