lundi 20 juin 2011
MAESTRO, MAESTRO ! HERBERT VON KARAJAN (Patricia PLATTNER, Claire ALBY, 1999)
KARAJAN, c'est comme la CALLAS. Un parfait alibi d'inculture musicale. Avec eux, tout devient fastoche. On nous a tellement martelé leurs louanges qu'on n'a plus peur de s'extasier. On peut briller dans les salons, à l'orchestre, aux baignoires, sans avoir le début de la moindre fichue idée de ce dont on babille. Il suffit de dire : "C'est génial !..." On est certains de pas se tromper. C'est entendu depuis des lustres, réglé comme du papier à notes, c'est rond comme une clef de sol... C'est comme Fauchon, Hermès ou le Lanquetot... On peut acheter les yeux fermés, comme KARAJAN dirigeait ses orchestres...
Seulement voilà, c'est du pipeau... Maria comme Herbert, à bien prêter l'oreille, ils ont quand même pas mal déconnaillé... Ils ont eu des hauts gigantesques, et puis des bas joliment abyssaux... ils n'avaient pas toujours les deux pieds dans la même besace, leur génie était en dents de scie... c'est pareil pour tout le monde, faut arrêter de déconner...
Ce qu'ils avaient pour sûr, c'était l'art consommé de la publicité, un fort sens de l'ego, une boulimie d'auto-promo... question notoriété, c'étaient pas des ascètes... il leur en fallait à la pelle, au palot... KARAJAN, question mégalo, il faisait pas dans le discount... il avait l'art et la manière... il savait nous y prendre... embobiner ses pairs... il a fomenté sa carrière avec un aplomb fou...
Cet excellent documentaire montre assez sa méthode, comment il s'est taillé à la baguette une postérité du tonnerre... s'est boulonné son piédestal...
Une chose aussi qui a joué dans son génie, j'en suis convaincue, c'est ses cheveux... l'indomptable caraque !... l'ébouriffant ébouriffage !... le souffle de l'inspiration y grave à jamais ses tempêtes !... KARAJAN sans sa crinière, ça serait jamais KARAJAN... Imaginez BARTHEZ avec des couettes !...
dimanche 19 juin 2011
LA CHASSE SANGLANTE (Open Season, Peter COLLINSON, 1974)
Peter COLLINSON avait 31 ans lorsqu'il réalisa son premier film, le controversé (à l'époque de sa sortie) puis trop vite oublié The Penthouse (La Nuit des alligators, en France). L'intrigue ? Pour s'offrir quelques cinq à sept peinards avec sa maîtresse, un agent immobilier la loge illégalement dans un appartement situé au sommet d'une tour déserte. Un beau matin, deux cinglés s'introduisent dans leur nid d'amour, et passent la journée à terroriser et humilier le couple. Le film annonce clairement le(s) Funny Games de Michael HANEKE, et anticipe l'atmosphère poisseuse ainsi qu'une part de la thématique des Chiens de paille -- la réflexion sur l'autodéfense en moins.
44 ans après sa réalisation, The Penthouse reste une œuvre dérangeante, aussi passionnante qu'équivoque (La Caverne des Introuvables a eu la bonne idée de le proposer il y a quelques semaines en hadopisation, ici). Le propos de COLLINSON, bien dans l'air de son temps (et du nôtre), est en gros que la délinquance résulte de l'indifférence des classes possédantes envers ceux qu'elle a elle-même marginalisés. Une théorie qui, pour être défendable dans certains cas, demande quelques ajustements pour ne pas sombrer dans la démagogie. Dans le cas de The Penthouse, elle est assez peu applicable, dans la mesure où les marginaux en question reprennent très consciemment l'argument à des fins manipulatrices, à travers une mise en scène perverse particulièrement élaborée. On peut penser que COLLINSON n'était pas plus dupe du bien-fondé de sa démonstration socialisante que ne le sont ses opposants. Il rejoint en cela Peter WALKER, autre grande figure de la nouvelle vague horrifique anglaise des seventies, louvoyant entre conservatisme et subversion.
Désireux d'enfoncer le clou, le réalisateur signa sept ans plus tard un quasi-remake de son premier film avec La Chasse sanglante, qui, lui, passa rigoureusement inaperçu, sauf de la censure qui le bannit des écrans (il sortit en vidéo en France dans les années 80, au sein de la fameuse collection de René CHÂTEAU, "Les Films que vous ne verrez jamais à la télévision" -- d'où est issue la copie que je vous propose aujourd'hui en hadopisation.)
Le cadre de l'action marque la principale différence entre les deux œuvres : tandis que la première est un huis clos étouffant, fidèle à l'origine théâtrale du scénario, la seconde se déroule dans une nature luxuriante et irradiée de soleil, où se respirent de lointains effluves de Délivrance. L'histoire : trois pervers huppés kidnappent et séquestrent dans leur chalet de chasse un homme adultère et sa maîtresse, pour les terroriser et les humilier. La demoiselle, enivrée de force pour céder aux sollicitations de ses tourmenteurs (comme dans The Penthouse), finit, là aussi, par prendre conscience de la misère affective et sociale dans laquelle elle croupit, et qu'entretient hypocritement son amant. S'ensuit une chasse à l'homme "à la Zaroff" où le couple fait office de gibier.Une fois de plus, COLLINSON s'abandonne à un bonheur de filmer pas très éloigné de celui que prennent ses chasseurs à traquer leurs proies, et tend à perdre de vue son propos initial, hésitant entre la morale délicieusement réac du survival pur jus, et le pamphlet féministe contourné mais rageur. Ce sont cette énergie et cette ambiguïté qui font toute la valeur du film, peut-être le plus radical et le plus jouissif de son auteur.
A l'heure où un cinéaste relativement anodin comme Michael REEVES fait l'objet d'une redécouverte enflammée et quelque peu excessive (son meilleur film, Le Grand inquisiteur, est largement surestimé et ne possède ni l'intelligence historique ni la beauté plastique du film "concurrent" sur l'inquisition, La Marque du Diable), il serait bon de se pencher sur le cas de cet autre wonder boy anglais qu'est COLLINSON, dont la filmographie d'une extrême cohérence est infiniment plus stimulante que celle de REEVES (Fright, Straight on Till Morning et La Nuit de la peur méritent une sérieuse révision), et dont la vie ne fut pas moins agitée.
Un mot sur le casting de cette Chasse sanglante : un vrai rêve de "bissophiles" ! Peter FONDA, John Phillip LAW et l'immense Richard LYNCH (l'un des "méchants" les plus fascinants des années 70/80) forment le trio d'abjects yuppies malmemant l'excellent Alberto De MENDOZA (le moine Pujardov de Terreur dans le Shangaï-Express, le roi d'Espagne de La Folie des grandeurs) et la trop rare Cornelia SHARPE. Ajoutons que William HOLDEN fait une apparition brève mais fondamentale.
Hadopiser en VHSRip et V.F. (nouveaux liens) :
1 - 2 - 3
Gay subtext ?...
Cours, lapin, cours !...
jeudi 16 juin 2011
LE SERGENT (The Sergeant, John FLYNN, 1968)
Le Sergent fut l'un des premiers films à traiter du sujet de l'homosexualité dans l'armée. De manière intense et douloureuse, John FLYNN brosse le portrait pathétique d'une ganache condamnée à dissimuler sa vraie nature et ses sentiments derrière une façade d'autorité machiste, qui s'effrite lamentablement dès lors que l'amour en infiltre les lézardes.
STEIGER, qui venait de remporter l'Oscar pour le rôle du shérif raciste de Dans la chaleur de la nuit, est absolument prodigieux dans le registre de l'autorité bourrue et de l'émotion trop longtemps contenue pour ne pas engendrer l'implosion. Il offre peut-être là sa prestation la plus habitée, la plus désarmante aussi, rendant quasi palpable la douleur de cet homme impuissant à colmater les fissures de sa carapace, et assistant avec horreur à la désagrégation de ses masques.
Le film fut injustement boudé par le public et la critique, qui conspuèrent ses aspects mélodramatiques (réels, mais parfaitement maîtrisés) ou se détournèrent avec dégoût de cette histoire de pédé galonné. Ce qui aurait logiquement dû assurer à STEIGER un pic de reconnaissance et de popularité, marqua en fait le déclin de sa carrière : durant des années, il fut condamné aux productions hasardeuses ou bancales, et aux seconds rôles dans des films à succès, mais indignes de son talent.
Le réalisateur John FLYNN, dont c'était la première œuvre, dut attendre que cet échec injustifié soit digéré des producteurs pour se refaire un nom avec des films comme Echec à l'organisation, Pacte avec un tueur, et surtout Haute sécurité, lui aussi fortement empreint de préoccupations homophiles (le corps de Stallone y est érotisé d'assez croquignolette façon).
Le Sergent reste inédit en DVD Zone 2 après une sortie très cheap et confidentielle en VHS chez "MPM Production", en 1990. C'est cette copie sombre et ocreuse (comme en attestent les extraits qui suivent), mais quand même très regardable, que je vous propose en hadopisation (VHSRip, V.F.), pour sa rareté et pour la beauté d'un film à réhabiliter d'urgence.
Le repack de QUEST&MOVY (un grand merci à lui !) : 1 - 2
Extrait n°1 :
Extrait n°2 : AVERTISSEMENT ! L'extrait qui suit constitue l'un des apices émotionnels du film. Aussi en déconseillé-je le visionnement à ceux qui souhaitent préserver le plaisir de la découverte...
jeudi 9 juin 2011
ANDRE DHÔTEL (Dominique CAGNARD, Annie CHEVALLAY, Pierre-André BOUTANG, 1990)
S'il est une émission qui manque au Paf, c'est bien Océaniques, diffusée sur FR3 de 1987 à 1992. On pouvait y découvrir quantité de documentaires français ou étrangers, dont le dénominateur commun était une qualité sans faille. Je vous propose aujourd'hui celui que Dominique CAGNARD, Annie CHEVALLAY et Pierre-André BOUTANG consacrèrent à l'écrivain André DHÔTEL (programmé le 19 février 1990). Auteur familier aux écoliers et collégiens des années 70 et 80, qui pouvaient difficilement échapper à l'étude du Pays où l'on n'arrive jamais, devenu de ce fait son roman le plus connu, DHÔTEL (1900-1991) aimait à se qualifier de "promeneux" ; son œuvre (plus de 40 romans, des nouvelles, des contes, des poèmes) est très marquée par son goût buissonnier des promenades de hasard, son rapport intime et passionné à la nature (en particulier celle de ses Ardennes natales), sa simplicité naturelle qui n'exclut pas la profondeur ni la recherche obstinée des signes cachés derrière l'évidence, et une sorte de candeur rouée, parfaitement retranscrite par cet entretien limpide et touchant.
"Dans toute la vie il y a de l'humour pour la bonne raison qu'on ne sait pas trop ce qu'on fait, on ne sait pas trop où l'on va... Le destin de l'humanité, quand on n'y connaît rien, eh bien on attend que ça passe."
"Quand on parle de l'écriture, on oublie toujours le sujet dont on parle."
"On finit par découvrir ce que les primitifs ont trouvé depuis longtemps : tout, dans l'univers, est langage. Les fleurs, par leurs formes, par leurs graines, sont un langage. Tous les objets du monde sont un langage."
"Dans toute la vie il y a de l'humour pour la bonne raison qu'on ne sait pas trop ce qu'on fait, on ne sait pas trop où l'on va... Le destin de l'humanité, quand on n'y connaît rien, eh bien on attend que ça passe."
"Quand on parle de l'écriture, on oublie toujours le sujet dont on parle."
"On finit par découvrir ce que les primitifs ont trouvé depuis longtemps : tout, dans l'univers, est langage. Les fleurs, par leurs formes, par leurs graines, sont un langage. Tous les objets du monde sont un langage."
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