lundi 19 mars 2012

SINGAPORE SLING (Nikos NIKOLAIDIS, 1990)



Amateurs de grands films cintrés, Singapore Sling est fait pour vous... Outrancier, baroque, subversif, hyper-esthétisant et obsessivement provocateur, ce cauchemar en celluloïd n'a guère d'équivalent dans la production hellénique (il s'agit d'un film grec), ni d'ailleurs dans le cinéma européen des années 1990. Son auteur, le cinéaste et romancier Nikos NIKOLAIDIS (décédé en 2007 à l'âge de 68 ans), signa en 40 ans de carrière une dizaine de films superbement ignorants de la bienséance et des tabous -- si l'on en croit ce que l'on peut en lire ici et là, car ils ne sont guère parvenus jusqu'à nous, hélas...
Singapore Sling, la seule de ses œuvres à s'être plus ou moins forgée une réputation internationale -- bien que souterraine et très "culte" --, donne une furieuse envie de découvrir le reste de la production du bonhomme ; elle témoigne d'un univers à la fois éminemment personnel et subtilement référentiel, sublimé par un prodigieux sens plastique (presque trop, le cinéaste n'évitant pas toujours la complaisance formaliste), un univers situé quelque part entre la décadente opulence d'un Josef VON STERNBERG qui se serait entiché du "film noir", et l'hystérie malsaine d'un Tobe HOOPER des grands jours.
(Vous ai-je suffisamment fait l'article ?...)


Les références de NIKOLAIDIS pour cet opus sublimement patraque ?... Le Laura d'Otto PREMINGER, Boulevard du crépuscule, et sans doute un peu Grey Gardens, le fabuleux documentaire d'Albert et David MAYSLES chroniquant la déchéance stylée de la tante et de la cousine de Jackie KENNEDY, recluses dans leur demeure délabrée et ressassant le souvenir de leur splendeur avortée, dans la flamboyance moisie de leur quotidien.
Un couple mère / fille est au centre de Singapore Sling (et l'on peut prendre le terme "couple" dans son acception la plus charnelle, les relations incestueuses étant plus que suggérées) ; une mère et une fille complètement déjantées, psychotiques, meurtrières (ou mythomanes ?), entre les mains de qui tombe un infortuné détective enquêtant sur la disparition d'une jeune femme qui leur servit de domestique -- et de joujou sexuel. Le privé devient à son tour la proie des deux furies, et endure une séquestration au cours de laquelle il sera le témoin et l'objet de toutes les turpitudes : torture, nécrophilie, plaisirs uro-scatologiques, manipulation psychologique et humiliations pas piquées des coléoptères... L'enfer où il se trouve plongé est pavé de chausse-trappes, de simulacres et de trompe-l’œil ; il devient l'acteur forcé d'un rituel très théâtralisé, orchestré par deux officiantes ivres de représentation, grisées par le vertige de leur propre folie, et qui ne semblent jamais vraiment être ce qu'elles prétendent.


Ce que Romain LE VERN, dans son excellent article du "Coin du cinéphile", qualifie de "trip décadent pour happy fews", est aussi une splendide œuvre d'art, dont la beauté picturale n'a d'égale que l'intensité trash et la démesure Camp. Tout simplement indispensable...

Hadopiser, en version anglaise sous-titrée et DVDRip :
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Coller avec HJSplit
A noter : lors des quelques monologues intérieurs du héros, formulés dans la langue d'Homère, le film est sous-titré en anglais ; les sous-titres français se superposent alors, sans gêner la lecture, néanmoins. Je n'ai pas pu remédier à ce défaut inhérent à la copie originale...

Bande-annonce :

2 commentaires:

  1. Le film est disponible en dvd zone 2 (VOSTF) chez ED distribution dans un très jolie édition digipack cartonné.

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